I-LANG:
UN OUTIL POUR L'APPRENTISSAGE ET LA REEDUCATION DE TOUTES LES PAROLES
Avant de définir
les fondements de l'outil (i-lang) il est nécessaire de revenir un
instant sur un aspect du fonctionnement spécifique de l'hémisphère cérébral
droit évoqué précédemment (Traitement cérébral des indices
acoustiques de la parole).
HD
isolé ne parle
pas, ce qui ne signifie pas, cependant, qu'il n'ait pas accès à la
connaissance comme le montre clairement l'expérience réalisée par Gazzaniga
(1987) sur un sujet dont HG a été endormi (test de Wada ). L'information
introduite dans HD éveillé (une cuillère a été placée dans la main gauche
"gérée" par HD) ne peut être restituée par
HG lorsque celui-ci est
réveillé et le patient nie avoir eu quoi que ce soit dans la main gauche.
"C'est la réponse verbale de HG", explique Gazzaniga. Si l'on
montre alors au patient un groupe d'objets contenant la cuillère, le patient désigne
l'objet sans hésiter. "Ce que nous avons fait revient à glisser une
information dans le cerveau (HD) sans que le système verbal
(HG) en ait
conscience". En montrant qu' "une information peut être présente
dans le cerveau" (HD), disponible et capable d'être exprimée par le
mouvement tout en étant "indisponible pour le système verbal" (HG) Gazzaniga apporte du crédit à la notion de perception subliminaire
(Dixon, 1993) qui suppose "que de l'information peut transiter par
l'organisme sans avoir de représentation consciente".
D'autres observations
telles que celles de patients atteints de "blind sight" (affirmant
qu'ils n'ont pas vu l'objet qui leur est présenté, mais capables de le désigner
dans un lot), de prosopagnosie (incapables d'identifier un visage connu) ou
soumis à un apprentissage sous anesthésie confirment l'existence d'une
connaissance inconsciente ou subception, chez tout individu (Weiskrantz,
1986).
Le dispositif i-lang
qui va être décrit ci après, repose sur cette capacité de HD à
recueillir une information qui soit indisponible pour le système verbal de HG.
Il s'agit, par son intermédiaire, d'introduire dans le cerveau (comme au cours
de l'expérience de Gazzaniga décrite ci-dessus) une information que le seul hémisphère
gauche ne sait pas traiter, mais que l'hémisphère droit maîtrise
parfaitement, la dimension prosodique de la parole. La difficulté
principale, une fois isolés les éléments d'information à adresser à HD
(c'est-à-dire les fréquences acoustiques porteuses de cette dimension
prosodique), c'est de déjouer la censure exercée par HG sur
HD. En effet des
études cliniques montrent que HG, qui dispose de la faculté de parole (Traitement
cérébral des indices acoustiques de parole), exerce un contrôle
permanent sur son homologue droit et, en quelque sorte, l'empêche de se
manifester (Gazzaniga, 1987, Cambier, 1998). Le dispositif i-lang permet
de "court-circuiter" HG en adressant à HD l'information qu'il sait
traiter en dessous du niveau de conscience de HG. C'est la connaissance
inconsciente de HD que nous sollicitons ainsi en lui fournissant, pour chaque écoute
d'un message en parole étrangère, les fréquences spécifiques de la dimension
prosodique de cette parole.
En pratique, il s'agit
de sélectionner les indices de parole (différents) qui seront adressés à
chaque hémisphère en parfaite synchronie. HG, en fonction de ses spécificités,
recevra le discours dans sa totalité acoustique (message linguistique et
prosodie linguistique). HD en fonction de ses spécificités
propres recevra les fréquences porteuses de la prosodie affective du discours. La
sollicitation des deux hémisphères est, bien entendu, simultanée, car s'ils
ont des spécificités fonctionnelles, ils fonctionnent en totale coopération.
Dans la stratégie
mise en oeuvre par i-lang, la dimension prosodie affective de la parole (fréquentielle)
est adressée à l'hémisphère cérébral droit en dessous du niveau de
conscience, tandis que le message linguistique (séquentiel) est adressé
synchroniquement à l'hémisphère cérébral gauche (Alliaume, 1989).
La sollicitation
spécifique et synchronisée de chaque hémisphère cérébral en fonction de sa
participation à la perception et à la production de la parole, quelle que soit
la langue, peut être considérée comme une thérapie douce pour de
nombreux troubles de la parole engendrés par un "déséquilibre cérébral",
les aphasies, l'autisme, pouvant être considérés comme des déséquilibres
naturels ou accidentels, l'apprentissage des langues comme un déséquilibre
provoqué par les méthodes du système éducatif (Hesling & Alliaume,
2000). Considérer l'apprentissage des langues dans les systèmes éducatifs
comme un syndrome n'est nullement une provocation mais un constat que chacun
peut faire en dehors de toute polémique. Il suffit de répondre à la question
: Les méthodes pédagogiques sollicitent-elles le cerveau total des apprenants
? Si oui, réjouissons-nous. Si non, il serait urgent d'inventer de nouvelles
approches qui ne réduisent pas les langues à des histoires SANS PAROLES. C'est
dans cette perspective que nous nous inscrivons.
BIBLIOGRAPHIE
ALLIAUME J.1988.- Procédé de traitement de certains indices acoustiques de la parole, INPI, Paris.
CAMBIER J. & P. VERSTICHEL, 1998.-Le cerveau réconcilié,
Masson, Paris.
DIXON N.F., 1993.-"Perception subliminaire", in Le Cerveau,
un inconnu, Laffont, Paris, pp. 1007-1012.
HESLING I. & J. ALLIAUME, 2000.-Traitement cérébral de la
Parole, Colloque International Linguistique et Langue anglaise, Toulouse.
GAZZANIGA M.S., 1987.-Le cerveau social, Laffont, Paris.
GAZZANIGA M.S., 1998.-"Le cerveau divisé", Pour la Science,
251, pp. 72-79.
WEISKRANTZ
J.F.,et al., 1989.- "Becoming a native listener" American scientist, 77, pp. 54-59.